[CRITIQUE] Seuls (2017) – David Moreau [C]

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Synopsis:

Leïla, 16 ans, se réveille en retard comme tous les matins. Sauf qu’aujourd’hui, il n’y a personne pour la presser. Où sont ses parents? Elle prend son vélo et traverse son quartier, vide. Tout le monde a disparu. Se pensant l’unique survivante d’une catastrophe inexpliquée, elle finit par croiser quatre autres jeunes: Dodji, Yvan, Camille et Terry. Ensemble, ils vont tenter de comprendre ce qui est arrivé, apprendre à survivre dans leur monde devenu hostile… Mais sont-ils vraiment seuls?

Avec son premier long métrage « Ils », sorti en 2006 et co-réalisé avec Xavier Palud, David Moreau fit une entrée remarquée dans la short list des quelques réalisateurs français sortant le cinéma de genre français de son long sommeil: Alexandre Aja ( Furia 1999 et Haute tension, 2003) et Christophe Gans (Crying Freeman 1995, le Pacte des Loups 2001, Silent Hill 2006), rejoints par Xavier Gens ( Frontières 2007, The Divide 2011).

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Fort du succès de cette série B assez efficace, à la direction d’acteurs déjà chancelante mais qui avait le mérite de plonger les deux mains dans le genre et d’arriver à installer une ambiance horrifique assez convaincante, David Moreau, à l’instar des confrères précédemment cités, parti réaliser son film américain (The Eye, 2008) qui montra encore un peu plus clairement ses limites.

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Pour son retour au cinéma de genre, après un passage inattendu dans la comédie pour son premier film sans Xavier Palud (20 ans d’écart, 2013), David Moreau adapte la bande dessinée « Seuls » de Fabien Vehlmann et Bruno Gazzotti. Un film français dans un univers post apocalyptique, qui plus est avec un casting entièrement composé de très jeunes acteurs inexpérimentés, sur le papier le pari était risqué mais plutôt intéressant.

Aussi indulgent avons nous envie d’être avec un film français qui prend de tels « risques », il est difficile de cacher plus longtemps que le résultat ne nous a que très peu convaincus. Non de la pertinence du projet mais de celle du choix de ce réalisateur et de ce casting. Le fait est que la mise en scène de « Seuls » manque singulièrement d’inventivité, d’ampleur, de dynamisme et pour tout dire d’identité, ne parvenant pas à dépasser le stade du film d’adolescent dont les maladresses y compris au niveau de l’écriture et de la direction d’acteurs pourraient même laisser penser qu’il s’agit d’un premier film. Le capital sympathie de ce casting juvénile nous laissait espérer une petite touche « Amblin » qui pouvait sauver le film quand celui-ci peine par ailleurs autant à nous procurer la moindre émotion. Hélas, à l’exception de quelques rares sourires, principalement grâce au personnage d’Yvan, aucun des personnages n’est suffisamment écrit et incarné pour nous impliquer un tant soit peu à son parcours. La dynamique de groupe est quant à elle quasiment inexistante, chaque personnage est un archétype qui donne l’impression de ne pas évoluer à la fois au contact des autres et des épreuves qu’il devra surmonter: Le jeune garçon un peu fou mais très sensible (Terry) , l’adolescente fonceuse (Leïla), l’adolescente studieuse et introvertie (Camille), le gosse de riches introverti qui rappelle le personnage de Cameron dans la folle journée de Ferris Bueller (Yvan) et le caïd au grand coeur (Dodji). Chacun a sa courte petite scène qui a pour but d’approfondir sa caractérisation et de mesurer ce qu’il a déjà perdu et a à perdre dans ce récit. Que David Moreau nous épargne les flashbacks, les longs monologues introspectifs n’est pas un problème et se justifie, mais qu’il fasse si peu de ces tous petits moments « de vérité », « de retour du réel » est frustrant et rend son récit très anecdotique.

Surjoués (Camille, Leïla) ou joués sans la moindre émotion (Yvan, Dodji, Terry), sans créer quoi que ce soit entre les personnages, ces scènes tombent malheureusement complètement à plat. Faute d’émotion, on se raccroche à quelques situations amusantes grâce à Yvan (même si Paul Scarfoglio a un sérieux problème de timing et que l’on aurait plus volontiers confié ce rôle à Stéphan Bak, complètement éteint dans celui de Dodji) et au défilé de superbes voitures  dans lequelles Camille conduit ses camarades. C’est bien maigre.

Il ne reste alors qu’à se satisfaire de l’intrigue, de ce mystère de la disparition soudaine de toute trace de vie dans cette ville dont un étrange brouillard empêche de sortir. Si l’on pense rapidement à des films mettant en scène une ville désertée, « The World, The Flesh and The Devil » (Ranald MacDougall, 1959) et même « I am Legend » (Francis Lawrence, 2007) parvenaient infiniment mieux à nous transmettre le sentiment d’isolement, la sidération devant ces rues et immeubles abandonnés. David Moreau ne s’attarde guère plus sur cet environnement qu’il ne le faisait sur la psychologie de ses personnages . Son film veut aller trop vite et n’installe ni son ambiance, ni ses situations. Le maître des couteaux qui apporte d’abord quelque chose au récit, ne fait réellement illusion que le temps d’une scène et on glisse de plus en plus vers l’anecdotique et désincarné récit (pour) adolescent, abandonnant son postulat pour finir par lorgner sur Hunger Games.

Il faudra donc peut être admettre qu’au delà des vrais problèmes de direction d’acteur et de mise en scène, nous ne sommes pas la cible du film et que nous avions des attentes déplacées, sevrés par un cinéma français trop frileux pour s’aventurer dans ces univers. Il n’en reste pas moins que « Seuls » est à nos yeux une grosse déception et que si l’on parle de film français qui tente (et y parvient) de faire de la SF avec peu de moyens, « Arès » de Jean-Patrick Benes était autrement plus convaincant.

 

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Un commentaire Ajouter un commentaire

  1. Daisy dit :

    Encore un devenu réalisateur uniquement parce que papa est metteur en scène (Jean-Luc Moro)…

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