[CRITIQUE] Jurassic World: Fallen Kingdom (2018) – Juan Antonio Bayona [B-]

SYNOPSIS: Cela fait maintenant trois ans que les dinosaures se sont échappés de leurs enclos et ont détruit le parc à thème et complexe de luxe Jurassic World. Isla Nublar a été abandonnée par les humains alors que les dinosaures survivants sont livrés à eux-mêmes dans la jungle. Lorsque le volcan inactif de l’île commence à rugir, Owen et Claire s’organisent pour sauver les dinosaures restants de l’extinction. Owen se fait un devoir de retrouver Blue, son principal raptor qui a disparu dans la nature, alors que Claire, qui a maintenant un véritable respect pour ces créatures, s’en fait une mission. Arrivant sur l’île instable alors que la lave commence à pleuvoir, leur expédition découvre une conspiration qui pourrait ramener toute notre planète à un ordre périlleux jamais vu depuis la préhistoire.

Certains longs métrages ont acquis un statut de film culte indéboulonnable et une aura telle que leurs plus fervents fans (en vérité disons plutôt les plus radicalisés) se les approprient et les défendent avec plus d’énergie, voire de véhémence et de mauvaise foi que leurs auteurs, dès lors qu’ils ambitionnent d’en produire une suite ou un reboot. Découvrir dans son adolescence un film comme Star Wars ou Jurassic Park est, il est vrai, une expérience extrêmement marquante de nature à créer chez son spectateur un lien quasi personnel avec le film. De même que le supporter ultra d’un club de foot criera aux nouveaux joueurs/dirigeants qu’il était là avant lui et qu’il est plus légitime à en défendre les couleurs, on a assisté avec les « nouveaux » Star Wars et avec Jurassic World à une hystérisation totale de beaucoup de critiques qui dépasse la valeur « objective » de ces films. Jurassic World, quels que soient ses défauts et limites bien réelles n’a probablement pas été toujours jugé pour ce qu’il est à nos yeux (un solide summer movie, un divertissement efficace qui n’aspire probablement pas à grand chose de plus). Il a ainsi vu une armée de « Jurassiens pure souche » se dresser contre lui, crier à la trahison (allant jusqu’à oublier, voire nier la grande implication de Spielberg dans ce projet) et faire de Colin Trevorrow le juda, voire l’antéchrist du 7ème art. Même si le succès au box office fut immense, une fracture réelle s’est ainsi crée entre la franchise et une partie de ses premiers fans. De ce point de vue le scénario de ce nouvel opus dans lequel la survie des dinosaures est en jeu peut être vu comme une allégorie du lien entre la franchise et ses thuriféraires. Si ce Jurassic World: Fallen Kingdom avait été réalisé par Colin Trevorrow son sort aurait été probablement scellé d’avance mais avec Juan Antonio Bayona aux commandes (même si Trevorrow qui a écrit le scénario et réalisera la suite est clairement son copilote) les cartes sont quelque peu rebattues.

 

S’il reste encore quelques « magiciens » dans ce cinéma grand public qui, il faut le reconnaître, fabrique de plus en plus de produits standardisés, certes parfois très efficaces mais sans réelle saveur, Juan Antonio Bayona en fait incontestablement partie. Quelques Minutes Après Minuit nous a terrassé d’émotion et confirmé à quel point Bayona sait garder vive la flamme d’un cinéma de l’émerveillement qui a su se préserver de la gangrène du cynisme ambiant. S’il y a quelque chose de naturel à le voir reprendre l’héritage de Steven Spielberg, il y a un monde entre sa sensibilité et celle que Trevorrow a pu montrer sur Jurassic World et donc quelque chose du précédent opus à casser et reconstruire pour que son film puisse renouer avec l’esprit du premier Jurassic Park. Disons le tout de suite, le pari n’est que très partiellement rempli et c’est la frustration qui l’emporte sur tout autre sentiment, notamment du fait d’un récit très laborieux qui fait entrer le film dans de longs tunnels scénaristiques dont la lumière ne jaillit que trop rarement. Il y a plus de « chair » (saluons notamment le recours aux animatronics quand il faisait tant défaut au 1er), plus d’émotions, plus de grand moments de mise en scène, même les morceaux de bravoure (pour éviter d’employer l’anglicisme « set pieces » ) sont plus intenses, mieux découpés mais le film évolue dans une épaisse brume scénaristique qui en font perdre de vue les qualités. Quoi qu’il en soit pour apprécier le spectacle, il faut accepter l’évidence: l’ADN de la franchise a bel et bien muté et il faut vraiment faire le deuil de Jurassic Park pour apprécier Jurassic World.

 

Malheureusement souffrant sensiblement des mêmes maux que son prédécesseur, il est bien difficile de s’enthousiasmer devant ce nouvel opus qui est constamment retenu au sol par ses faiblesses qui parasitent assez sensiblement le plaisir que l’on peut prendre au détour de quelques scènes. Après une introduction « rentre dedans » et prometteuse qui donne le « la » et indique que ce Fallen Kingdom sera à Jurassic world ce que Le Monde Perdu fut à Jurassic Park, le véhicule piloté par Bayona a le plus grand mal à repartir de l’avant, coincé sur les rails d’un scénario poussif dont on voit les pièces s’assembler une à une. Cette grande faiblesse scénaristique recouvre le film de Juan Antonio Bayona et le met à terre comme jadis la tunique de Nessus eu raison d’Hercule. L’autre problème vient du ton du film: Jurassic World Fallen Kingdom est bien un film de son époque même s’il est mis en scène par un réalisateur qui se serait pleinement épanoui dans les décennies passées. Il a beau être plus sombre,  se mettre dans les pas de Le Monde Perdu, il se veut à de nombreux moments encore trop spectaculaire – cédant à une surenchère qui n’apporte rien à des scènes d’action par ailleurs réussies – trop « cool », trop caricatural dans l’écriture de ses personnages (les bad guys sont à nouveau le gros point faible du film), sûrement par un souci de toucher tous les publics qui l’emporte sur la volonté de construire sa propre identité en accord avec la « sensibilité » de son metteur en scène.

 

De fait, il est difficile de réellement s’attacher au récit et de ne pas freiner parfois devant sa mécanique trop visible  dont les rouages grincent fortement. Malgré tout le talent et certainement la bonne volonté de Bayona, avec Jurassic World: Fallen Kingdom on est plutôt assis à la table d’un bon fast food que d’un restaurant qui, même sans être gastronomique, prendrait des risques et imposerait son identité. Sur la grande majorité des scènes, il est difficile de pouvoir retrouver le style et la sensibilité propre à son metteur en scène qui ne semble avoir pu réellement imprimer sa marque que sur le dernier quart du film. Il faut recevoir Jurassic World :Fallen Kingdom pour ce qu’il est: un produit conçu avant tout pour divertir comme le fut son prédécesseur, même s’il est indéniable qu’il se place plusieurs étages au dessus en terme de mise en scène. Ayant dit pour le déprécier qu’il est un film de son époque, il faut en voir aussi un aspect positif puisqu’il intègre une thématique très actuelle: la prise en compte des droits des animaux.Il ne s’agit évidemment pas de dire qu’il s’agit d’une charge de nature à faire s’éveiller les consciences mais cela permet en tout cas de donner au film une certaine épaisseur dramatique , qui était presque totalement absente dans son prédécesseur.

 

Les dinosaures ne sont plus ici réduits au rôle de simples accessoires de l’action, d’actifs entre les mains d’un propriétaire milliardaire qui veut faire prospérer son parc d’attraction ou de potentielle arme convoitée par un militaire sans scrupules. Leur survie est au cœur des enjeux de ce récit, la menace étant double: naturelle (l’éruption du volcan menaçant leur île de destruction) et humaine (le parc ayant fait faillite, ils sont convoités par des businessmen peu scrupuleux). Les enjeux étant plus forts les personnages de Claire et Owen gagnent en intérêt, la dynamique du récit ne reposant plus uniquement sur la rencontre et l’attraction/répulsion entre deux personnages hyper archétypaux que tout sépare (Claire l’executive coincée hyper propre sur elle Vs Owen l’ancien de la navy, l’aventurier qui sent la transpiration et le dinosaure). Cela se ressent principalement avec Claire (Bryce Dallas Howard) qui trouve une raison d’exister autre que celle de courir en talons aiguilles pour fuir le danger. Malheureusement les limites de Bryce Dallas Howard, même mieux dirigée, même dans un rôle moins utilitaire, sont telles à nos yeux qu’elles ne permettent pas de s’attacher à son personnage. Quant à Chris Pratt s’il avait été l’objet de critiques plutôt injustes dans Jurassic World, ses détracteurs vont se trouver confortés par sa prestation que nous qualifierions de « transparente » pour être gentil.

 

En réalité, le film malgré quelques éclairs ne va réellement s’animer que durant son dernier quart et notamment une vingtaine de minutes absolument sensationnelles qui sont à elles seules un des sommets de la saga. Si nous devions avant cela nous contenter de quelques plans nous rappelant l’immense talent du metteur en scène derrière ce gros véhicule poussif, comme s’il ne parvenait à exister que par instant, Jurassic World: Fallen Kingdom devient vraiment un film de Juan Antonio Bayona lorsqu’il se concentre sur la confrontation avec l’indoraptor. Le blockbuster un peu terne s’illumine et devient même un magnifique hommage aux films universal des années 30, Bayona filmant l’indoraptor comme la créature de Frankenstein terrorisant les malheureux pris au piège du majestueux manoir dans lequel il a été créé.  Surtout le film remet enfin le dinosaure à sa place, se nourrit des peurs et de la fascination qu’il produit, de toute sa mythologie. Il le sort de ce qui finissait par ressembler à un mix bancal entre aventure et thriller produisant ce qu’il y a de pire si l’on pense à ce qu’est cette saga depuis 1993: une indifférence polie.

 

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