[CRITIQUE] La Momie (2017) – Alex Kurtzman [C+]

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A l’heure où Tom Cruise est redevenu depuis plusieurs années la plus grande star du cinéma mondial et où  le projet d’Universal de redonner vie à son « Dark Universe » repose en grande partie sur ses épaules, il faut se souvenir de ce 23 mai 2005, où son avis de décès cinématographique ne fut pas loin d’être publié après sa prestation extrêmement embarrassante chez Oprah Winfrey, couronnant une campagne de promotion surréaliste pour la Guerre des Mondes, durant laquelle il parla plus de son couple avec Kathie Holmes et de scientologie. Autant dire, en toute objectivité, que si la momie était sortie à cette époque, les premiers exécrables retours critiques qui nous sont parvenus nous auraient convaincus d’attendre une sortie vidéo. Mais les excellents choix de carrière fait par Tom Cruise depuis ce 23 mai 2005, son investissement impressionnant dans chacun de ses rôles, nous ont incités, à donner un blanc seing à tout film dans lequel il figure et, mis à part, Jack Reacher 2, nous n’avons jamais eu à le regretter. C’est pour Tom Cruise et donc peut-être à cause de lui (?), que nous avons eu pris notre place pour l’un des films les plus attendus et maintenant le plus descendu de l’année. Plus que tout autre acteur, Tom Cruise a démontré qu’il sait ce que signifie le cinéma grand public et réussit à redonner ses lettres de noblesse aux blockbusters.  Quand nous avons par ailleurs, comme des générations de cinéphiles, grandit avec les monstres qui firent la gloire du studio Universal dans les années 30, nous ne demandions qu’à aimer cette momie à laquelle se confronte Tom Cruise.

La momie d’Alex Kurtzman est assurément un drôle de film, un colosse un peu difforme aux pieds d’argile, pas dépourvu de qualités mais immanquablement très fragilisé par un scénario sur lequel ont travaillé David Koepp (L’impasse, Mission Impossible, Panic Room mais aussi …. Indiana Jones et le Royaume de Cristal,Anges et Démons …),  Chistopher McQuarrie (Jack Reacher, MI Rogue Nation …) et Dylan Kussman (Burn) mais apparemment pas dans la même pièce. On peine en effet à trouver une cohérence entre les différentes humeurs/influences du film qui navigue, entre autres, entre  le film d’aventure, la comédie horrifique, le buddy movie et le blockbuster des années 90. Un peu d’Indiana Jones dans le prologue, un peu du Loup Garou de Londres pour faire intervenir un personnage qui est avant toute une béquille scénaristique, un peu d’humour pas très inspiré, un peu de Lucio Fulci (l’enfer des zombies), des morceaux de bravoure, la momie s’epuise à courir plusieurs lièvres à la fois. C’est généreux, ca file à vive allure, même si on se demande parfois dans quelle direction , sans que cela ne soit rédhibitoire et gâche totalement le plaisir que l’on peut prendre devant un film au traitement et aux effets spéciaux désuets.

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La momie est plus convaincante dans sa première partie, lorsqu’elle reste centrée sur ses trois personnages, Nick Morton (Tom Cruise), Jenny Hasey (Annabelle Wallis) et Ahmanet (Sofia Boutella), que dans la seconde où elle est rattrapée par un cahier des charges qu’elle remplit sans grande conviction. Commençant comme une comédie d’aventure dans le désert irakien où Nick, pilleur de tombes, sans scrupules, entraîne son acolyte Chris (Jake Johnson) dans une série de catastrophes qui aboutira à la découverte de la tombe d’Ahmanet que Jenny convoitait, la momie est alors un bon divertissement, sans grande personnalité, mais nerveux et porté par un trio d’acteurs charismatiques à défaut d’être réellement complémentaires. Tom Cruise donne parfois l’impression de jouer dans un autre film que ses camarades avec lesquels on ne sent pas de réelle alchimie, ce qui pour ce que le film veut alors produire comme spectacle est tout de même handicapant. Il semble jouer par séquences, tantôt intense comme on le connaît et à la limite du « sur jeu « , tantôt étonnamment éteint lorsqu’il dialogue avec Jenny ou Chris. Il n’est par ailleurs pas aidé par des dialogues assez faibles. La mise en scène d’Alex Kurtzman laisse quant à elle déjà pointer ses limites par son manque d’ampleur et de lisibilité de même que la musique transparente composée par Brian Tyler  (La momie de Stephen Sommers n’était pas inoubliable, très loin de là, mais elle avait pour elle d’être portée par la musique de Jerry Goldsmith). Avec toutes ces limites, cette première partie qui se termine par une scène de crash très spectaculaire, bien qu’on l’ait vu et revu dans les trailers, sent bon le blockbuster sans prétention des années 90, ni trop solennel, ni insupportablement cynique/2nd degré comme le sont trop de blockbusters actuels.   La présence de Tom Cruise, même en dessous de  son « niveau de jeu » habituel, n’y est évidemment pas totalement étrangère.

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C’est ensuite que le bât blesse vraiment et que l’on a l’impression de voir des segments écrits par des scénaristes qui ne se sont pas parlés et n’ont pas eu le souci de la cohérence de l’ensemble. Qu’un film sur un pilleur de tombes se mette lui même à piller des scènes/gimmiks d’autres films peut faire sourire mais, tout fan du Loup Garou de Londres, ne peut qu’être agacé de ce faux hommage et vrai pillage orchestré par le scénario de façon en plus purement utilitaire. La comédie horrifique sied par ailleurs mal au film comme à Tom Cruise.  Ceci étant, sans se départir d’un côté un peu cheap surprenant pour un film de ce budget, les premières apparitions de la momie sont assez convaincantes et la première confrontation avec Nick et Jenny, la volonté de faire quelques plans iconiques, relèvent le niveau. Là encore, on a l’impression de voir un film qui a 20 ans mais cet anachronisme, difficilement explicable, lui donne un charme de série B/Z, qui ne nous a pas laissé insensible.

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 L’édifice est toutefois bien fragile et tangue encore plus avec la rencontre de Nick, Jenny, Ahmanet avec le Docteur Henry Jekyll (Russell Crowe). C’est même un point de bascule qui matérialise la rencontre du film avec son obligation de développer un univers et introduire les personnages que l’on retrouvera dans les prochaines aventures du Dark Universe. Elle met en lumière de façon encore plus cruelle, les grandes limites du scénario et de la mise en scène d’Alex Kurtzman que l’on serait tenté de rebaptiser Buck McGeehy (le personnage d’Eric Roberts dans Runaway Train) tant il paraît être aux commandes d’un train lancé à pleine vitesse sur lequel il a perdu tout contrôle. Russell Crowe a ,lui aussi,  perdu tout contrôle sur son personnage à un niveau tel que ça en devient involontairement drôle. Le film prend l’eau entre une action souvent illisible dans des décors d’une grande pauvreté et des dialogues qui ont vocation à expliquer au spectateur ce qu’il vient de voir ou de comprendre. On se demande parfois si on regarde l’Enfer des Zombies, Anges et Démons ou La Momie et on finit par débrancher son esprit critique pour consommer les minutes qui défilent, ceci dit, toujours à très vive allure.  Frappé par la malédiction des films écrits à plusieurs mains, confiés à un réalisateur sans envergure chargé de poser les fondations d’un univers étendu, l’un des blockbusters de l’année se transforme finalement en DTV qui fait rire à ses dépens. Sans être totalement la catastrophe annoncée, ni le plus mauvais (ou agaçant) blockbuster de ce premier semestre, La Momie est néanmoins incontestablement un ratage qui devrait se ressentir jusque dans ses scores au box office et obligera probablement Universal à revoir sérieusement sa copie sur les prochains films de son Dark Universe.

 

 

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