[CRITIQUE] ANTIPORNO (2016) アンチポルノ- Sono Sion [B-]

antiporno

Synopsis:

Kioko, star de la mode, s’ennuie dans son appartement en attendant son rendez-vous avec Watanabe, une rédactrice en chef chargée de l’interviewer. Dans le jeu de domination et d’humiliation entre elle son assistante, les rôles vont peu à peu s’inverser. À moins que tout ça ne soit fictif ?

Rendez-vous incontournable de cette nouvelle édition de l’étrange festival, le moment de découvrir le Sono Sion cuvée 2016 est enfin arrivé. Le chouchou du festival a pris ses quartiers au forum des images depuis plusieurs années, y présentant plusieurs de ses derniers films: Love & Peace , Tag (2015), Tokyo Tribe (2014), Why don’t you play in Hell (2013), Cold Fish (2011).

La cuvée 2015 nous avait séduit, particulièrement le magnifique et déjanté Love & Peace, et nous avait même redonné un peu la foi après les cuvées 2014 et 2013 qui, loin d’être des piquettes, étaient trop frontales, manquaient de profondeur, de subtilité et avaient constitué un petit accro dans une relation jusqu’alors quasi fusionnelle avec ce fou furieux humaniste.

Antiporno a été commandé à Sono Sion par la Nikkatsu, une société de production qui s’est spécialisée dans  les films érotiques, que les japonais designent sous le nom de  romans pornos ou encore pinku eiga.

Sono Sion avait déjà fait une incursion dans le genre du pinku eiga, avec le collector Seigi no tatsujin: Nyotai tsubo saguri, dans lequel 3 expertes dans l’art de la poterie, rivalisent d’imagination et de techniques buccales et mammaires, faisant faire passer Demi Moore et Patrick Swayze pour des séminaristes jouant au play doh. Réalisé en 2000 quand Sono Sion était encore en train de se chercher et d’expérimenter, on avait très envie de voir comment il allait pouvoir s’inscrire danq ce genre 15 ans plus tard, après avoir réalisé tant d’oeuvres majeures.

S’il y a bien, comme attendu pour un pinku eiga, beaucoup de nudité et de scènes de sexe, il ne faut pas vous attendre à un petit film érotique drôle et inconséquent, où le burlesque et le sexe font bon ménage.  Avec Sono Sion, le rose vire au rouge vif, les pleurs succèdent aux rires et les cris de douleur aux cris de plaisir. Antiporno n’est pas un film léger mais un film où la mort rode et les pulsions de vie des personnages éclaboussent l’écran dans un maelstrom de couleurs. Dans une même scène on rit, on cri, on baise (le mot est laid mais dit l’énergie de la scène), on s’humilie, on danse et on pleure. Plus qu’une perversion du genre, on peut parler d’une réappropriation du genre par Sono Sion qui réalise un film qui reprend les thèmes parcourant son oeuvre et condense le meilleur et le pire de son style.

Dès la première scène, on retrouve l’art consommé de Sono Sion pour l’utilisation de la musique classique. Nue sous sa nuisette transparente, Kyoko danse sur la barcarolle des contes d’Hoffmann (un opéra composé par Offenbach), dans une pièce jaune remplie de bougies. Cette scène magnifique est un des trop rares moments de grâce d’un film emporté par l’énergie et la rage de son auteur. Si Hoffmann était tourmenté et manipulé par le conseiller Lindorf, dans le conte de Sono Sion le spectateur est manipulé par un démiurge qui prend un malin plaisir à échanger les masques, inverser les rapports de force, remettre en question la réalité d’une scène.

Comme Guilty of Romance, Antiporno parle de la femme ,en particulier de sa place dans la société japonaise, à travers l’exploration de la psychée de son héroïne. Si Izumi etait une femme soumise qui finissait par accepter de laisser libre cours à ses fantasmes et,à travers une sexualité débridée, s’affranchir du poids des conventions de la societe japonaise; la personnalité de Kioko est multiple et insaisissable.Elle est plusieurs femmes à la fois.

Kioko nous est d’abord présentée comme une romancière, artiste peintre, aussi célèbre et courtisée qu’une pop star. Dans cette grande pièce aux murs jaunes vifs, elle se parle sans cesse, humilie son assistante, cri et se déplace comme une possédée. On pense d’ailleurs beaucoup à Possession de Zulawski quand on la voit se mettre dans un état proche de la transe. Mais Ami Tomite (vu dans the Virgin Psychics et Tag) n’est pas Isabelle Adjani et encore moins Megumi Kagurazaka, la formidable actrice fétiche  (et épouse) de Sono Sion. Sa prestation outrée devient outrancière et distrait au lieu de transmettre l’énergie voulue par Sono Sion. Ce qui fonctionnait admirablement bien dans un film comme Himizu n’est pas loin de tomber dans le grand guignol.  Ami Tomite devient en revanche beaucoup plus juste quand l’énergie retombe et que son personnage révèle une autre facette de sa personnalité.

Sono Sion se livre à un jeu permanent sur l’inversion des rôles et des rapports de force, notamment entre Kyoko et son assistante Noriko qu’elle prend un plaisir sadique à humilier. D’une scène à l’autre la dominatrice deviendra soumise, la même scène pouvant même se répéter dans une complète inversion des rôles. Pour complexifier encore un peu plus l’équation, au risque de rendre son film théorique, Sono Sion joue sur l’éclatement de son récit, de l’unité de lieu et de temps. Une même scène peut se répéter plusieurs fois avec une inversion des rôles ou des rapports de force entre les personnages.  Une scène que l’on pense faire partie du récit peut s’avérer faire partie de la fiction que tourne Kioko ou être issue de son imagination. En cela, Sion utilise le même procédé que Satoshi Kon dans Perfect Blue ou la personnalité dissociée de Mima contamine le récit et perd le spectateur. Cet exercice est aussi passionnant qu’épuisant et peut être poussé trop loin pour ne pas finir par nous perdre dans des concepts plutôt que nous raconter une histoire. Cette mécanique de répétition des scènes et des dialogues déclamés comme les vers d’un poème que l’on répète jusqu’à la transe, agit néanmoins dans la durée et, comme souvent chez Sono Sion, prend du sens à la fin du film et lorsqu’on y repense ensuite.  Plus encore que Guilty of Romance, Antiporno est un voyage dans la psychée d’une femme en révolte contre le modèle patriarcal dans lequel elle se sent enfermée.  La liberté dont jouissent les femmes est présentée comme un leurre et la transgression s’opère notamment par ce tabou au sujet duquel la société et leurs parents n’ont cessé de les culpabiliser: la sexualité.  Chez Sono Sion elle est débridée et frénétique, il balaye l’idée de pureté virginale, Kioko déclamant même dès le début du récit: Je suis vierge mais je suis une pute/ Je suis une pute mais je suis vierge. En abordant le roman porno par une mise en abîme s’attachant à montrer

Ch

 

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