[CRITIQUE] Call me lucky (2015) ⭐⭐⭐⭐ – Bobcat Goldthwait

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Avant de regarder ce documentaire que Drew McWeeny cite dans son top 10  (ici) de l’année écoulée, je ne connaissais pratiquement rien de Barry Crimmins. Il n’etait pour moi qu’un comique américain, anarchiste, spécialiste des coups de gueule contre la politique étrangère de son pays.
105 minutes plus tard, admiratif du parcours et du courage de cet homme, je cherchais à  me procurer ses ouvrages et enregistrements.

La forme de ce documentaire est classique, reposant sur les temoignages de Crimmins, de ses proches et de sa famille, retraçant le parcours et les combats de cet homme hors norme.

Comme  le personnage de James B.Donovan interprété par Tom Hanks dans Bridge of Spies, Crimmins est un homme debout qui défend ses valeurs quelles que soient les pressions et le contexte. Mais physiquement comme dans le style, il ressemble plus à Bud Spencer qu’à James Stewart, distribuant  ses bourres pif contre le gouvernement américain, l’église et tous les tenants d’un système qu’il combattra jusqu’a son dernier souffle.

Ce qui frappe chez lui c’est cette colère immense qui semble ne jamais le quitter.

Imagine t’on les réactions que susciterait en France, un comique qui lors d’un stand up, une bière à la main, s’étonnerait que personne n’ait encore assassiné Sarkozy et concluerait par « Tuez le. Pissez sur sa tombe »?

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Crimmins l’a fait à propos de Nixon.
Voilà qui pose le personnage.

Il a aussi été un pionnier de la scène comique americaine en ouvrant 2 comedy club à Boston, au début des années 80, lançant ainsi la carrière de nombreux comiques et comédiens  dont le réalisateur de ce documentaire, Bobcat Goldthwait.

La première partie du documentaire nous dresse donc le portrait de cet homme dont on ne peut douter de la sincérité  mais dont la colère intérieure qui l’anime mais semble aussi le ronger, pose question.

C’est là dans cette deuxième partie terrassante que j’ai donc appris les viols répétés dont il fut victime dans son enfance. Que la gorge serrée, je découvrais ce récit tragique que la plupart des spectateurs  américains connaissent déjà mais que j’ignorais, comme la plupart d’entre vous.

C’est là que sidéré, j’appris le combat qu’il mena devant le senat, au début des années 90, pour contraindre AOL à exclure les pédophiles de chat rooms, devenues des lieux d’échanges de photos pornographiques souvent prises par les parents des victimes . Pour celà il n’hésita pas à aller dans ses chat rooms, se faisant passer pour un enfant et rassemblant des preuves pendant des mois, des années, pour contraindre AOL à agir.
Il y laissa sa santé, perdant une cinquantaine de kilos mais il m’est impossible d’imaginer comment cet homme, victime de ses horreurs, a pu trouver le courage de se remettre dans la peau d’une victime pour mener ce combat.

Cet homme qui s’estime heureux d’avoir survécu et de ne pas être devenu lui même pédophile, totalement lucide sur le fait que la plupart de ces monstres ont été des victimes comme lui, a  transformé sa douleur en colère pour combattre sans cesse toutes les injustices.

Si les 10 dernières minutes purement hagiographiques sont de trop, ce documentaire, malheureusement trop classique dans sa forme, porte un message qui fait un bien fou dans une époque où l’idéologie xénophobe de Trump est relayée complaisamment par les médias, occultant les vrais maux d’une Amérique dont Crimmins est l’un des personnages les plus admirables.

Barry Crimmins l’homme debout.

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