[CRITIQUE] JOY – David O’Russell ⭐⭐☆☆☆

Avec JOY,  David O’Russell poursuit sa collaboration (la 3ème après Silver Linings Playbook et American Hustle)  avec Jennifer Lawrence, se mettant plus ou moins consciemment dans les pas de couples mythiques comme William Wyler – Bette Davis ou Cassavetes – Gena Rowlands.

« Joy » est inspiré de l’histoire de Joy Mangano, une italo-américaine divorcée et mère de 3 enfants, qui devint célèbre au début des années 90 pour l’invention du « Miracle Mop » dont elle vantait elle- même les mérites sur une chaîne de téléachat.

S’il s’agit d’un biopic, il faut néanmoins avoir conscience qu’il s’agit de raconter la vie d’une ménagère « lambda » qui a inventé une serpillière magique, qui s’essore sans y mettre les mains et dont la tête ultra absorbante se lave en machine. Il aurait donc été difficile d’imaginer un traitement au premier degré, sans fantaisie, jouant sur un ressort dramatique et l’émotion.

Ce n’était donc pas là que je plaçais mes attentes.

J’espérais voir un portrait  de femme un peu dans l’esprit du très beau « An Unmarried Woman » de Paul Mazursky.

Lequel réussit un petit miracle en étant à la fois drôle et extrêmement touchant, d’une intégrité totale avec son personnage.

Malheureusement, il m’a semblé que O’Russell n’arrive jamais à trouver le bon équilibre,  Joy n’étant ni charmant, ni drôle, ni émouvant. L’émotion m’a paru forcé et l’humour d’une lourdeur, ou disons pour être plus agréable, d’une maladresse, pour le moins désarmante.

Je dois commencer par dire que j’ai toujours trouvé que O’Russell poussait ses acteurs dans un « sur-jeu » qui pouvait déboucher sur une véritable performance dans le meilleur des cas (Bale dans The Fighter, Adams dans American Bluff) mais aussi sur des numéros assez vains ou exaspérants (De Niro et Jacki Weaver dans Happiness Therapy, Dustin Hoffman dans I Love Huckabees).

Il y a aussi, je trouve,  une vraie contradiction chez lui, ou plutôt des intentions qui se confrontent et finissent par s’annuler.

Il se veut à la fois dramaturge et auteur comique, naturaliste et styliste. Ce serait un Cassavetes qui aurait tapé dans la coke de Scorsese et qui transformerait en « Screwball Comedy » n’importe quel script. Un cinéaste des sentiments et de l’intime, qui pense trop ses scenes avant de les tourner et désamorce quasi systématiquement par ses effets et sa direction d’acteurs, l’émotion qu’il cherche à créer.

Quand on écrit des personnages aussi archétypaux, l’équilibre au moment de venir chercher l’émotion, de créer un « climax dramatique » est très difficile à trouver.

Le personnage de Robert de Niro qui interprète le pere de Joy Mangano est d’ailleurs assez symptomatique de cette difficulté. Encombré de ses mimiques, engoncé dans une caractérisation grossière  allant jusqu’au clin d’oeil avec son personnage de « Mon beau père et moi » (sa première scène avec Edgar Ramirez …) , il n’arrive jamais à m’émouvoir dans ses quelques scènes sérieuses ou dramatiques.  Pire que ça, il les désamorce et ce même lorsqu’il n’est qu’en second plan.

Le film se décompose  en 2 parties. Une première  qui sert d’introduction  au personnage de Joy  et aux difficultés  qu’elle doit surmonter  quotidiennement, notamment  à cause de sa famille. Une deuxième  partie qui s’attache  à  raconter sa success story.

Un des acteurs majeurs de cette success story est le personnage de Neil Walker, fondateur de la chaîne de téléachat QVC qui permis à Joy d’y présenter son Miracle Mop.

Bradley Cooper qui l’interprète est le seul à m’avoir convaincu, le seul et c’était déjà le cas dans Happiness Therapy, à ne pas tomber dans la caricature, le « sur-jeu » dans lequel O’Russell emmène son casting. Il y a dans son regard une émotion et une sincérité, une « profondeur » qui se passe très bien de mimiques et de cris. Il ne joue jamais en force, il a ce détachement propre aux grands acteurs, cette fluidité dans son jeu qui le fait s’effacer derrière son personnage. Le contraire en somme de celle qui est censée porter le film sur ses épaules.

Jennifer Lawrence est, je trouve, dans un jeu tout en force, appuyé par la réalisation de O’Russell que l’on sent fasciné par elle.
Se reposer autant sur une actrice dont le visage de cire peine à exprimer autre chose que des bribes d’émotions adolescentes m’a posé un sérieux problème.
Aucune de ses précédentes interprétations ne m’avait convaincu, il ne s’agit donc pas réellement d’une surprise mais j’essaye toujours de faire « reset » avant de découvrir un film et de me débarrasser d’inutiles et parfois imbéciles à priori.

J’ai cité plus haut « An Unmarried Woman  » pour lequel j’ai une profonde affection et l’interprétation de Jill Clayburgh est aux antipodes de celle de « JLaw ». Je ne ressens aucune fragilité, aucune nuance et vois scène après scène, le travail d’une actrice, certes très professionnelle et totalement investie dans son rôle.
Ceci étant, elle souffre aussi de la direction donnée par O’Russell et de devoir composer avec les personnages caricaturaux qui forment sa famille dysfonctionnelle. Ses meilleures scènes sont d’ailleurs avec l’excellent Bradley Cooper dont le « flow » la pousse à moins surjouer.

La direction d’acteurs de O’Russell est souvent mise en avant, notamment et peut être principalement parce que l’académie des oscars est souvent très généreuse en nominations avec ses casting (4/4 pour American Hustle et Happiness Therapy, 2/4 pour The Fighter) mais il ne me semble pourtant pas que ce soit ce qui le passionne.
Je trouve qu’il se sert plus d’eux pour projeter ce qu’il a en tête, ce qui en soit n’est pas anormal mais qu’il est très peu à leur écoute. Ils rentrent dans le moule, dans son univers si particulier et au contraire d’un Cassavetes (dont il me semble pourtant qu’il partage l’ambition ), il ne leur laisse que très peu de liberté.

David O’Russell me fait penser au personnage de Martin Tupper dans « Dream On ». J’imagine qu’il a grandi devant et avec la télévision, ingurgitant et digérant tant bien que mal une quantité insensée de films, séries, émissions télés dont les images se bousculent encore aujourd’hui dans son esprit. Ainsi ses films ressemblent parfois à un « mash up » essayant de créer son propre style mais n’y parvenant que très rarement, même si je dois dire que j’aime beaucoup Three Kings, The Fighter et à un degré moindre American Bluff.

Joy est à mon sens son film le plus « dysfonctionnel ». Les ruptures de ton propres à O’Russell ne fonctionnent pas et donnent à l’ensemble un côté très bancal. J’ai même ressenti cela à l’intérieur d’une même scène. Comme si David O’Russell l’avait d’abord pensé par rapport à son histoire mais que David/Martin Tupper aurait gâché, dévitalisé, pour recréer une émotion que lui a fait vivre un de ses films fétiches.

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